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    POÈME  D'HIER

     

    BAUDELAIRE Charles

    1821 – 1867

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LE LETHE

     

     

    Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,

    Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;

    Je veux longtemps plonger mes

                        doigts tremblants

    Dans l’épaisseur de ta crinière lourde :

     

     

    Dans tes jupons remplis de ton parfum

    Ensevelir ma tête endolorie,

    Et respirer, comme une fleur flétrie,

    Le doux relent de mon amour défunt.

     

     

    Je veux dormir ! Dormir plutôt que vivre !

    Dans un sommeil aussi doux que la mort,

    J’étalerai mes baisers sans remords

    Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

     

     

    Pour engloutir mes sanglots apaisés

    Rien ne vaut l’abîme de ta couche ;

    L’oubli puissant habite sur ta bouche,

    Et le Léthé coule dans tes baisers.

     

     

    A mon destin, désormais mon délice,

    J’obéirai comme un prédestiné ;

    Martyre docile, innocent condamné,

    Dont la ferveur attise le supplice.

     

     

    Je sucerai, pour noyer ma rancœur,

    Le népenthès et la bonne ciguë

    Aux bouts charmants de cette gorge aiguë,

    Qui n’a jamais emprisonné de cœur.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

     

     

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    POÈME D’hier

     

    Pontus de TYARD

    1521– 1055

     

     

     

     

     

     

     

    Si C’est

    FIDÉLITÉ…

     

     

     

     

     

        Si c’est fidélité, aimer mieux que la flamme

                    Qui brille en vos beaux yeux me dévore le coeur,              Que des faveurs d’Amours jouissant et vainqueur

    Me laisser dans l’esprit imprimer autre dame :

     

    Si c’est fidélité, le beau trait qui m’entame,

         Bien qu’il me soit cruel, n’estimer que douceur,

              N’asseoir ailleurs qu’en vous le comble de mon heur,

       L’honneur de mon honneur, ni l’âme de mon âme :

     

    Si c’est fidélité, ne vouloir aspirer

    Qu’à ce qu’il vous plaira me laisser désirer,

    Ni me hausser le vol qu’au vouloir de votre aile :

     

    Si c’est fidélité, autant aimer la vie

    Qu’elle vous agréra pour en être servie,

    Je viens ici jurer que je vous suis fidèle.

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

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    POÈME D’hier

     

    PIERRE  LOUYS

    1870 - 1925

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    PSYCHÉ,

    Ma soeur

     

     

     

     

     

     

    Psyché, ma sœur, écoute, immobile

                                         et frissonne.

    Le bonheur vient, nous touche et nous

                                        parle à genoux.

    Pressons nos mains, sois grave.

           Ecoute encor… personne

    N’est plus heureux ce soir, n’est

                       plus divin que nous.

     

    Une immense tendresse attire

                        à travers l’ombre

    Nos yeux presque fermés, que reste

                                              il encor

    Du baiser qui s’apaise et du soupir

                                    qui sombre ?

    La vie a retourné notre sablier d’or.

     

    C’est notre heure éternelle, éternellement     

                                                 grande,

    L’heure qui va survivre à ce fragile amour

    Comme un voile embaumé de rose

                                      et de lavande

    Conserve après cent ans la jeunesse

                                           d’un jour.

     

    Plus tard, O ma Psyché, quand

                      des nuits étrangères

    Auront passé sur vous qui ne

                       m’attendrez plus

    Quand d’autres, s’il se peut, amie

                           aux mains légères.

    Jaloux de mon prénom, toucherons

                                     vos pieds nus,

     

    Rappelez vous qu’un soir nous

                    vécûmes  ensemble

    L’heure unique ou les dieux

              accordent un instant

    A la tête qui penche, à l’épaule

                                qui tremble

    L’esprit pur de la vie en fuite

                        avec le temps ;

     

    Rappelez vous qu’un soir, couché

                            sur notre couche

    En caressant nos doigts frémissants

                                              s’unir,

    Nous avons échangé de la bouche

                                      à la bouche

    La perle impérissable ou dort

                                le souvenir.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

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    POÈME D’hier

    DE BONNARD

    1744 – 1784

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ERMIONE

     

     

    Le ciel suave était jonché de pales roses…

    Tes yeux tendres au fond de ton large  chapeau

    Rêvaient : tu flottais toute aux plis d’un grand                                                            manteau

    Et ton cœur, qu’inclinaient d’inexprimables

                                        choses,

     

    Le ciel suave était jonché de pales roses…

    Ne penchait sur mon cœur comme un iris

    sur l’eau.

     

     

    Le ciel suave était jonché de violettes…

    Avec je ne sais quoi dans l’âme de transi,

    Tu souriais,palotte, un sourire aminci ;

    Et ton visage frêle avait sous la violette,

     

    Le ciel suave était jonché de violettes…

    Les tons pastellisés d’une Lawrence adouci.

     

     

    Ce n’était rien ; c’était, dans le soir d’améthyste,

    Des mots, des frolis d’âme en longs regards croisés,

    De la douceur fondue en gouttes de baisers,

    Une étreinte de sœurs, une joie un peu triste,

     

    Ce n’était rien ; c’était, dans le soir d’améthyste,

    Un musical amour sur les sens apaisés.

     

     

    Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,

    Que le désir suivait comme un fauve dompté.

    Je respirais parmi le soir, o pureté,

    Mon rêve enveloppé dans tes voiles de femme.

     

    Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,

    Et je sentais mon cœur se dissoudre en bonté.

     

     

    Et quand je te quittais, j’emportai de cette heure,

    Du ciel et de tes yeux, de ta voix et du temps,

    Un mystère à traduire en mots inconsistants,

    Le charme d’un sourire indéfini qui pleure,

     

    Et, dans l’âme un écho d’automne qui demeure,

    Comme un sanglot de cor perdu sur les étangs.

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

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    POÈME D’hier

     

     

    PIRON 

    1869 - 1773 

     

     




     

     

     

     


    RONDEAU

     

     



     

    Vivent les bruns, en dépit des blondins !
    Vive la brune, en dépit de la blonde !
    Dans tes tournois, dis nous, dieu des jardins,,
    Des deux couleurs laquelle est plus féconde.


    En beaux faits d’arme et gentils paladins !
    Blonde aura bien beaux doigts incarnadins,
    Blonds auront bien jolis airs grenadins :
    Mais quand au point ou ta gloire se fonde,.
     Vivent les bruns !




    Du ciel un jour laissant les citadins,
    Vénus tata des galants de ce monde :
    Pour tous les blonds elle n’eut que dédains,
    Si qu’on l’ouit, en finissant sa ronde,
    Dire tout haut et se plaignant des reins :
    Vivent les bruns !

     

     


     Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975


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    POEME D’hier

     

    DORAT

    1734 - 1780

     

     

     

     

     

     

     

    LES CHARMES

    DES BOIS

     

     

     

     

     

    Que j’aime ces bois solitaires !

    Aux bois se plaisent les amants ;

    Les nymphes y sont moins sévères,

    Et les bergers plus éloquents.

     

    Les gazons, l’ombre et le silence

    Inspirent les tendres aveux ;

    L’amour est aux bois sans défense ;

    C’est aux bois qu’il fait des heureux.

     

    O vous qui, pleurant sur vos chaînes,

         Sans espoir servez sous ses lois,    

    Pour attendrir vos inhumaines,

    Tachez de les conduire aux bois !

     

    Venez aux bois, beautés volages ;

    Ici les amours sont discrets :

    Vos sœurs visitent les ombrages,

    Les grâces aiment les forets.

     

    Que ne puis je, aimable Glycère,

    M’y perdre avec vous quelquefois !

    Avec la beauté qu’on préfère

    Il est si doux d’aller aux bois !

     

    Un jour j’y rencontrai Thémire,

    Belle comme un printemps heureux :

    Ou son amant, ou le zéphire

    Avait dénoué ses cheveux.

     

    Je ne sais point quel doux mystère

    Ce galant désordre annonçait ;

    Mais Lycas suivait la bergère,

    Et la bergère rougissait.

     

    Doucement je l’entendis même

    Dire au berger plus d’une fois :

    O mon bonheur ! O toi que j’aime !

    Allons toujours ensemble au bois.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

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    *POÈME D’hier

     

    MAURICE SCÈVE

    1501 - 1560

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    DEUX

    GALANTERIES

    ANONYMES

    Du XVIe siècle

     

     

     

     

     

    Il était une fillette

    Qui voulait savoir le jeu de l’amour,

    Un jour qu’elle était seulette

    Je lui en appris deux ou trois tours.

     

    Après avoir senti le goût

    Elle me dit en souriant :

    Le premier coup me semble lourd,

    Mais la fin me semble friand.

     

    Je lui dis : vous me tentez.

    Elle me dit : recommencez.

    Je l’empoigne, je l’embrasse,

    Je la fringue fort.

     

    Elle crie : ne cessez,

    Je lui dis : vous me gâtez

    Laissez moi, petite garce,

    Vous avez grand tort.

     

    Mais quand ce vint à sentir le doux point

    Vous l’eussiez vue mouvoir si doucement

    Que son las cœur en tremble fort et poingt,

    Mais dieu merci ! C’était un doux tourment.

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

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    Baisez moi tot ou je vous baiserai,

    Approchez près, faites la belle bouche,

    Ôtez la main, que ce tétin je touche,

    Laissez cela, je vous l’arracherai

    Mon bien m’amour, tant je vous le ferai

    Si faut qu’un jour avecques vous je couche.

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

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