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    *POÈME D'HIER

     

    FRANCIS   JAMMES

     

    1868 – 1938

     

     

     

     

     

     

    Je T’aime  

     

    Je t’aime et ne sais ce que je te voudrais.

    Hier mes jambes douces et claires ont tremblé

    Quand ma gorge t’a touché, lorsque je courrais.

     

    Moi, le sang a coulé plus fort comme une roue,

                              Jusqu’à ‘à ma gorge, en sentant tes bras ronds                                                                                                    et doux

    Luire à travers ta robe comme des feuilles

                                                                         De houx.

     

    Je t’aime et je ne sais pas ce que je voudrais.

    Je voudrais me coucher et je m’endormirais…

    La gentiane est bleue et noire la foret.

     

    Je t’aime, laisse-moi te prendre dans mes bras…

    La pluie luit au soleil sur les arbres du bois…

    Laisse moi t’endormir et tu m’endormiras.

     

    J’ai peur. Je t’aime et ma tête tourne, pareille

      Aux ruches du vieux banc ou sonnaient

                                                              les  abeilles

    qui revenaient gluantes des raisins des treilles.

     

    Il fait chaud. Les blés sont remplis de fleurs rouges

    Couche toi dans les blés et donne moi ta bouche.

    Les mouches bleues au bas de la prairie- écoute ?

     

    La terre est chaude. il y là bas des cigales

    Près du vieux mur ou sont des roses du Bengale,

    Sur l’écorce blanche et rugueuse des platanes.

     

    La vérité est nue et mets toi nue aussi.

    Les épis crépiteront sous ton corps durci

    Par la jeunesse de l’amour qui le blanchit.

     

    Je n’ose pas mais je voudrais être nue ce soir.

    Mais tu me toucherais et j’aurai peur de toi.

    Je serais toute blanche et le soir serait noir.

     

    Les geais ont crié dans les bois car ils aiment.

    Les capricornes luisants s’accrochent aux chênes.

    Les abeilles qui aiment les longs vols blonds             

                                                                          essaiment.

     

    Prends moi entre tes bras. Je ne peux plus

                                                                        qu’aimer

    Et ma chair est en air, en feu et en lumière,

    Et je veux te serrer comme un arbre un lierre.

     

    Les troupeaux de l’automne vont aux feuilles

                                                                                  Jaunes,

    La tanche d’or à l’eau et la beauté aux femmes

    Et le corps va au corps et l’âme va à l’âme.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J-G-R-C- 

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    DE  BONNARD

    1744 - 1784

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    BILLET DU MATIN

     

     

     

     

     

    O mon amie ! O ma maîtresse !

    En croirai je ces vers charmants

    Et cette prose enchanteresse ?

    Que j’aime ta délicatesse,

    Tes transports, tes vœux, tes serments,

    Et tes combats, et ton ivresse !

    Des pleurs échappés de mes yeux

    Ont mouillés ces vers pleins de charmes ;

    Mais qu’ils étaient délicieux !

    Que de volupté dans les larmes !

    Toi que j’aimerais toujours plus,

    Si mes feux dès longtemps accrus

    Pouvaient jamais s’accroître encore,

    N’afflige point par tes refus

    L’amant éprouvé qui t’adore.

    N’en crois que nos vœux et nos cœurs :

    Ne met point l’amour en système.

    Si tu ne dois que de rigueurs

    A l’homme heureux que ton cœur aime,

    Pour qui seront donc tes faveurs ?

    Pour qui seront donc ces caresses.

    Ces appas voilés et secrets,

    Ces baisers d’avant et d’après,

    Ces voluptueuses tendresses

    Qui de l’amour sont les bienfaits ?

    Loin de nous la froide prudence

    Qui veut lire dans l’avenir ?

    L’amour, jaloux de sa puissance,

    Saurait peut être nous punir

    D’une funeste prévoyance.

    Au lieu d’accuser ma constance,

    Couronne la par les plaisirs.

    Dans le sein de la jouissance,

    Redoublons encor de désirs ;

    Et puisque, malgré nos soupirs,

    Le sort nous destine à l’absence,

    Ménageons nous des souvenirs.

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J-G-R-C- 

     

     

     

     

     

     

     


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    *POÈME D’hier

     

    CLÉMENT  Jean  Baptiste

     

     

    1836 – 1903

     

     

     

     

     

     

    LE TEMPS

    DES CERISES

     

     

     

     

     

    Quand nous en serons au temps des cerises,

    Et gai rossignol et merle moqueur

                            Seront tous en fete.

    Les belles auront la folie en tete

    Et les amoureux du soleil au cœur.

    Quand nous en serons au temps des cerises,

    Sifflera bien mieux le merle moqueur.

     

    Mais il est bien court le temps des cerises,

    Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant

         Des pendants d’oreilles,

    Cerises d’amour aux robes pareilles

    Tombant sous la feuille en gouttes de sang.

    Mais il est bien court le temps des cerises,

    Pendants de corail qu’on cueille en rêvant.

     

    Quand vous en serez au temps des cerises,

    Si vous avez peur des chagrins d’amour

     Évitez les belles.

    Moi qui ne craint pas les peines cruelles,

    Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.

    Quand vous en serez au temps des cerises,

    Vous aurez aussi des chagrins d’amour.

     

    J’aimerai toujours le temps des cerises :

    C’est de ce temps là que je garde mon cœur

                                             Une plaie ouverte,

    Et dame fortune, en m’étant offerte,

    Ne saurait jamais calmer ma douleur.

    J’aimerai toujours le temps des cerises :

    Et le souvenir que je garde au cœur.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J-G-R-C- 

     

     

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    DORAT

    1734 - 1780

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    J’AI DES MŒURS

     

     

     

     

     

    Oui, quoiqu’au siècle dix huitième,

    J’ai des mœurs, j’ose m’en vanter.

    Je sais chérir et respecter

    La femme de l’ami qui m’aime.

     

     

    Si sa fille a de la beauté,

    C’est une rose que j’envie ;

    Mais la rose est en sûreté

    Quand l’amitié me la confie.

     

     

    Apres quelques faibles soupirs,

    Je me fais une jouissance

    De sacrifier mes désirs ;

    Et ne veux pas que mes plaisirs

    Coûtent les pleurs de l’innocence.

     

     

    Mais il est des femmes de bien,

    Femmes, qui plus est, d’importance

    (Et, dieu merci, sans conséquence),

    Qui, pour peu qu’on ait un maintien,

    Vous traitent avec indulgence,

    Et vous dégagent du lien

    D’une gothique bienséance.

     

     

    De ces dames là, j’en conviens,

    J’use ou j’abuse en conscience

    Sans jamais me reprocher rien ;

    Le mari même m’en dispense.

     

     

    Je sais trop ce que l’on leur doit

    Pour me permettre un sot scrupule ;

    C’est une bague qui circule

    Et que chacun met à son doigt.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     


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    *POÈME D’hier

     

    DORAT

    1734 - 1780

     

     

     

     

     

    LES BAISERS :

    L’ETINCELLE

     

     

     

     

    Donne moi, ma belle maîtresse ;

    Donne moi, disais je, un baiser,

    Doux, amoureux, plein de tendresse…

    Tu n’osas me le refuser.

    Mais que mon bonheur fut rapide.

    Ta bouche à peine, souviens t’en,

    Eut effleuré ma bouche aride,

    Elle s’en détache à l’instant.

    Ainsi  s‘exhale une étincelle.

    Qui, plus que tantale agité,

    Je vois, comme une onde infidèle,

    Fuir le bien qui m’est présenté.

    Ton baiser m’échappe, cruelle !

    Le désir seul m’en est resté.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

    LES 2 ALPES  1/6  08/2006    16/05/2014 

     

     

    31 MAI 2014

    OUVERTURE DU

    11ème FESTIVAL

    PHOTO

    LA  GACILLY

     

     

     

     


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    *POÈME D’hier

     

    BAUDELAIRE Charles

    1821 – 1867

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’INVITATION

    AU VOYAGE

     

     

     

     

     

    Mon enfant, ma sœur,

    Songe à la douceur

    D’aller là bas vivre ensemble !

    Aimer à loisir,

    Aimer et mourir

    Au pays qui te ressemble !

    Les soleils mouillés

    De ces ciels brouillés

    Pour mon esprit ont les charmes

    Si mystérieux

    De tes traîtres yeux,

    Brillant à travers leurs larmes.

     

    Là, tout n’est qu’un ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

     

    Des meubles luisants,

    Polis par les ans,

    Décoreraient notre chambre ;

    Les plus rares fleurs

    Mêlant leurs odeurs

    Aux vagues senteurs de l’ambre,

    Les riches plafonds,

    Les miroirs profonds,

    La splendeur orientale,

    Tout y parlerait

    A l’âme en secret

    La douce langue natale.

     

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

     

    Vois sur ces canaux

    Dormir ces vaisseaux

    Dont l’humeur est vagabonde :

    C’est pour assouvir

    Ton moindre désir

    Qu’ils viennent du bout du monde.

     

    Les soleils couchants

    Revêtent les champs,

    Les canaux, la ville entière,

    D’hyacinthe et d’or ;

    Le monde s’endort

    Dans une chaude lumière.

     

    Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J-G-R-C

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    Hélène VACARESCO

    1866 – 1947

     

     

     

     

     

    L’ECRITURE

     

     

     

     

     

    Dans la douce et fière nature

    Tout me charme, tout a du prix :

    Aussi j’aime ton écriture

    Autant que ce que tu m’écris.

     

     

    Elle est hautaine, elle est virile,

    Fine, élégante, et l’on croirait

    Qu’un peu de ta grâce fébrile

    Y mêle son furtif attrait.

     

     

    Rien qu’a la voir, mon cœur en elle

    Retrouve ce qu’il aime en toi,

    Et chaque lettre me rappelle

    Quelque intime et profond émoi.

     

     

    De tes pensées, de ton sourire,

    Ta plume prend le coloris ;

    Les mots les plus tristes à lire

    Me sont doux quand tu les écris.

     

     

    Un mot de toi me fait renaître,

    Et je pourrais sur mon chemin

    Croire au mot de bonheur, peut être,

    S’il était écrit de ta main.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     


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