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    *POEME D’hier

     

    BAUDELAIRE Charles

    1821 – 1867

     

     

     

     

     

     

    LE LETHE

     

     

    Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,

    Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;

    Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants

    Dans l’épaisseur de ta crinière lourde :

     

     

    Dans tes jupons remplis de ton parfum

    Ensevelir ma tête endolorie,

    Et respirer, comme une fleur flétrie,

    Le doux relent de mon amour défunt.

     

     

    Je veux dormir ! Dormir plutôt que vivre !

    Dans un sommeil aussi doux que la mort,

    J’étalerai mes baisers sans remords

    Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

     

     

    Pour engloutir mes sanglots apaisés

    Rien ne vaut l’abîme de ta couche ;

    L’oubli puissant habite sur ta bouche,

    Et le Léthé coule dans tes baisers.

     

     

    A mon destin, désormais mon délice,

    J’obéirai comme un prédestiné ;

    Martyre docile, innocent condamné,

    Dont la ferveur attise le supplice.

     

     

    Je sucerai, pour noyer ma rancœur,

    Le népenthès et la bonne ciguë

    Aux bouts charmants de cette gorge aiguë,

    Qui n’a jamais emprisonné de cœur.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J-G-R-C

     


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    *POÈME  D'hier

     

     

     

     

     

     

    *POÈME  D'hier

     

    FRANCIS  JAMMES

     

    1868 – 1938

     

     

     

     

     

     

    J’AIME DANS LE TEMPS

     

     

    J’aime dans le temps Clara d’Ellébeuse

    L’écolière, des anciens pensionnats,

    Qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls

    Lire les magazines d’autrefois.

     

     

    Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon cœur

    La lumière bleue de sa gorge blanche.

    Où est elle ? où était donc ce bonheur ?

    Dans sa chambre claire il entrait des branches.

     

     

    Elle n’est peut être pas encore morte

    - ou peut être que nous l’étions tous deux.

    La grande cour avait des feuilles mortes

    Dans le vent froid des fins d’été très vieux.

     

     

    Te souviens tu de ces plumes de paon,

    Dans un grand vase, auprès de coquillages ?...

    On apprenait qu’on avait fait naufrage,

    On appelait Terre Neuve : le Banc.

     

     

    Viens, viens ma chère Clara d’Ellébeuse :

    Aimons nous encore si tu existes.

    Le vieux jardin a vieilles tulipes.

    Viens toute nue,o Clara D’Ellébeuse.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

    J’aime dans le temps Clara d’Ellébeuse

    L’écolière, des anciens pensionnats,

    Qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls

    Lire les magazines d’autrefois.

     

     

    Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon cœur

    La lumière bleue de sa gorge blanche.

    Où est elle ? où était donc ce bonheur ?

    Dans sa chambre claire il entrait des branches.

     

     

    Elle n’est peut être pas encore morte

    - ou peut être que nous l’étions tous deux.

    La grande cour avait des feuilles mortes

    Dans le vent froid des fins d’été très vieux.

     

     

    Te souviens tu de ces plumes de paon,

    Dans un grand vase, auprès de coquillages ?...

    On apprenait qu’on avait fait naufrage,

    On appelait Terre Neuve : le Banc.

     

     

    Viens, viens ma chère Clara d’Ellébeuse :

    Aimons nous encore si tu existes.

    Le vieux jardin a vieilles tulipes.

    Viens toute nue,o Clara D’Ellébeuse.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    Jacques PREVERT

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    JE SUIS

     

    COMME JE SUIS

     

    1900-1977

     

     

     

    Je suis comme je suis

    Je suis faite comme ça

    Quand j’ai envie de rire

    Oui je ris aux éclats

    J’aime celui qui m’aime

    Est-ce ma faute à moi

    Si ce n’est pas le même

    Que j’aime chaque fois

    Je suis comme je suis

    Je suis faites comme ça

    Que voulez vous de plus

    Que voulez vous de moi.

     

    Je suis faite pour plaire

    Et n’y puis rien y changer

    Mes talons sont trop hauts

    Ma taille trop cambrée

    Mes seins beaucoup trop durs

    Et mes yeux trop cernés

    Et puis après

    Qu’est ce que ça peut vous faire

    Je suis comme je suis

    Je plais à qui je plais.

     

    Qu’est ce que ça peut vous faire

    Ce qui m’est arrivé

    Oui j’ai aimé quelqu’un

    Oui quelqu’un m’a aimée

    Comme les enfants qui s’aiment

    Simplement savent aimer

    Aimer aimer …

    Pourquoi me questionner

    Je suis la pour vous plaire

    Et n’y puis rien changer.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     


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    *POEME D’hier

      

    Clément MARROT

      

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

     

    UN JOUR ROBIN

     

    Vint Margot empoigner...

     

     

     

     

     

     

    Un jour Robin vint Margot empoigner,

     

    En luy monstrant l’outil de son ouvraige,

     

    Et sur le champ la voulut besogner ;

     

    Mais Margot dit : « vous me feriez oultraige

     

    Il est trop gros et long à l’advantaige.

     

    - Bien dit, Robin, tout en vostre fendasse

     

    Ne le mettray » ; et soudain il l’embrasse,

     

    Et la moytié seulement y transporte.

     

    « Ah ! dit Margot, en faisant la grimace,

     

    Mettez y tout : aussi bien suis –je morte. »

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     


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    POEME D’hier

     

    Jacques PREVERT

     

     

     

     

     

     

     

     

    LE TENDRE ET DANGEREUX

     

    VISAGE de L’AMOUR

     

    1900-1977

     

     

     

    Le tendre et dangereux

    Visage de l’amour

    M’est apparu un soir

    Après un trop long jour

    C’était peut être un  archer

    Avec son arc

    Ou bien un musicien

    Avec sa harpe

    Je ne sais plus

    Je ne sais rien

    Tout ce que je sais

    C’est u’il m’a blessée

    Peut être avec une flèche

    Peut être avec une chanson

    Tout ce que je sais

    C’est qu’il m’ blessée

    Blessée au cœur

    Et pour toujours

    Brûlante trop brûlante

    Blessure d’amour.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

      

    Clément MARROT

      

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

    RONDEAU

     

     

     

     

     

    Dedans, Paris ville jolie,

    Un jour, passant mélancolie,

    Je pris alliance nouvelle

    Qui soit d’ici en Italie.

     

     

    D’honnêteté  elle est saisie

    Et croit selon ma fantaisie

    Qu’il n’en est guère de plus belle

    Dedans Paris.

     

     

    Je ne vous la nommerai mie,

    Si non que c’est ma grande amie :

    Car l’alliance se fait telle

    Par un doux baiser que j’eus d’elle

    Sans penser aucune infamie

    Dedans Paris.

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • POEME D’hier

    MERRILL Stuart

    1863 - 1915

     
    CHAMBRE D’AMOUR
     

    Dans la chambre qui fleure un peu la bergamote
    Ce soir, lasse, la voix de l’ancien clavecin
    Chevrote des refrains enfantins de gavotte.

    Eteintes par sa main pour quelques doux dessein
    D’amour, voici qu’enfin les lampes vespérales
    Fument au bruit de l’eau tintant dans le bassin,

    Au bruit de l’eau qui brille en des lueurs lustrales
    A travers les rideaux roidis de pourpre et d’or
    Dont le frele etat croule aux fenetres claustrales.

    C’est déroutant au mur un vaporeux décor,
    La pastorade peinte aux pimpantes images
    Ou des jeux et des ris s’éparpille l’essor.

    Sur les divans fanés en leurs riants ramages
    Les coussins semblent lourds de l’oubli des absents,
    Et du bleu baldaquin s’éplorent des plumages.

    Seul, un éventail chu des doigts jadis lassants
    Présage le retour inespéré de celle
    Dont l’automne a pali les charmes languissants.

    Soudain c’est le rayon doux d’unrubacelle,
    Un chuchotis de voix disant de doux remords,
    Et le baiser de ceux que la vie ensorcelle

    Dans la chambre ou, le soir, s’aimèrent tant de morts !

    diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

     

    J-G-R-C

      

      

      

     

     

     


     

     

     

     


     

      

     

     

     

     

      Les poèmes aideront 

     

     

     à passer avec soi

     

     

     

    et d'autres

     

     

     

    êtres le nécessaire

     

     

     

    serment de fidélité

     

     

     

    à la vérité de la vie.

     

     

     

     

     

    Yves Bonnefoy

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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