• *POEME D’hier

    Christine de PISAN

    1364 – 1430


     

     


    BALLADE


    Seulette suis et seulette veux etre,
    Seulette m’a mon doux ami laissée,
    Seulette suis sans compagnon ni maitre,
    Seulette suis dolente et courroucée (1),
    Seulette suis en langueur mésaisée(2),
    Seulette suis plus que nulle égarée,
    Seulette suis sans ami demeurée.


    Seulette suis a huis ou à fenetre,
    Seulette suis en un anglet mucée (3),
    Seulette suis pour moi de pleurs repaitre,
    Seulette suis, dolente ou apaisée,
    Seulette suis, rien n’est qui tant me siée,
    Seulette suis en ma chambre enserrée,
    Seulette suis sans ami demeurée,


    Seulette suis partout et en tout estre.
    Seulette suis, que j’aille ou que je siée,
    Seulette suis plus qu’un autre rien terrestre,
    Seulette suis de chacun délaissée,
    Seulette suis durement abaissée,
    Seulette suis souvent tout épleurée,
    Seulette suis sans ami demeurée.


    Princes, or est ma douleur commencée:
    Seulette suis de tout deuil menacée,
    Seulette suis plus tainte que morée.
    Seulette suis sans ami demeurée.


    (1)  Chagrinée
    (2)  mal a l’aise
    (3) cachée
    (4)  plus sombre que brune 


    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J-G-R-C 


     


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  • *POEME D’hier

     

    Christine de PISAN

    1364 – 1430


     

    C’EST DOUCE CHOSE QUE MARIAGE


    C’est douce chose que mariage
    - je le pourrais par moi prouver
    -
    pour qui a mari,bon et sage
    comme dieu me l’a fait trouver.
    Loué soit celui qui sauver
    Me le veuille car son soutien,
    Chaque jour je l’ai éprouvé,
    Et certes, le doux m’aime bien.


    La première nuit de mariage,
    Dès ce moment, j’ai pu juger
    Sa bonté, car aucun outrage
    Ne tenta qui me dut blesser.
    Et avant le temps du lever
    Cent fois me baisa, m’en souviens,
    Sans vilenie dérober ;
    Et certes,le doux m’aime bien.


    Il parlait cet exquis langage ;
    « dieu m’a fait vers vous arriver,
    tendre amie, et pour votre usage,
    je crois, il voulut m’élever. »
    ainsi ne cessa de rever
    toute la nuit en tel maintien,
    sans nullement en dévier,
    et certes, le doux m’aime bien.


    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975






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