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    POEME D'HIER    01/05/2014

     

     

    GRUISSAN  VACANCE  09/2011    01/05/2014

     

     

     

     

     

    *POEME D’hier

    DE BONNARD

    1744 – 1784

     

     

     

     

     

     

    BILLET DU MATIN

     

     

    O mon amie ! o ma maîtresse !

    En croirai jeces vers charmants

    Et cette prose enchanteresse ?

    Que j’aime ta délicatesse,

    Tes transports, tes vœux, tes serments

    Et tes combats ; et ton ivresse !

    Des pleurs échappés de mes yeux

    Ont mouillé ces vers pleins de charmes ;

    Mais qu’ils étaient délicieux !

    Que de volupté dans les larmes !

    Toi que j’aimerais beaucoup plus

    Si mes feux dès longtemps accrus

    Pouvaient jamais s’accroître encore,

    N’afflige point par tes refus

    L’amant éprouvé qui t’adore.

    N’en crois que nos vœux et nos cœurs :

    Ne mets point l’amour en système.

    Si tu ne dois que des rigueurs

    A l’homme heureux que ton cœur aime,

    Pour qui seront donc tes faveurs ?

    Pour qui seront donc ces caresses,

    Ces appas voilés et secrets,

    Ces baisers d’avant et d’après,

    Ces voluptueuses tendresses

    Qui de l’amour sont les bienfaits ?

    Loin de nous la froide prudence

    Qui veut lire dans l’avenir !

    L’amour, jaloux de sa puissance,

    Saurait peut être nous punir

    D’une funeste prévoyance.

    Au lieu d’accuser ma constance,

    Couronne la par les plaisirs.

    Dans le sein de la jouissance,

    Redoublons encor de désirs ;

    Et puisque, malgré nos soupirs,

    Le sort nous destine à l’absence,

    Ménageons nous des souvenirs.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

    VOLTAIRE

    1694 – 1778


     

     

     

     

     

     


    A MADAME DU CHATELET


    Si vous voulez que je vous aime,
    Rendez moi l’age des amours ;
    Au crépuscule de mes jours
    Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.


    Des beaux lieux ou le dieu du vin
    Avec l’amour tient son empire,
    Le temps, qui me prends par la main,
    M’avertit que je me retire.


    De son inflexible rigueur
    Tirons au moins quelque avantage.
    Qui n’a pas l’esprit de son age,
    De son age a tout le malheur.


    Laissons à la belle jeunesse
    Ses folâtres emplacements :
    Nous ne vivons que deux moments ;
    Qu’il en soit un pour la sagesse.


    Quoi ! pour toujours vous me fuyez.
    Tendresse, illusion, folie,
    Dons du ciel, qui me consoliez
    Des amertumes de la vie !


    On meurt deux fois, je le vois bien :
    Cesser d’aimer et d’être aimable,
    C’est une mort insupportable ;
    Cesser de vivre, ce n’est rien.


    Ainsi je déplorais la perte
    Des erreurs de mes premiers ans ;
    Et mon âme, aux désirs ouverte,
    Regrettait ses égarements.


    Du ciel alors daignant descendre,
    L’amitié vint à mon secours ;
    Elle était peut être aussi tendre,
    Mais moins vive que les amours.


    Touché de sa beauté nouvelle,
    Et sa lumière éclairée,
    Je la suivis ; mais je pleurai
    De ne pouvoir plus suivre qu’elle.


    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J G R C




     

     

     

     

     

     

     


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    POEME D'HIER 05/02/2014

     

     

     

     

     

     

     

     

    *POEME D’hier

     

    SCEVE  Maurice

    1501 - 1560

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    DELIE

     

     

     

     

     

    Libre vivais en l’Avril de mon âge,

    De cure exempt sous celle adolescence,

    Ou l’œil, encor non expert en dommage,

    Se vit surpris de la douce présence,

    Qui par sa haute et divine excellence

    M’étonna l’âme, et le sens tellement,

    Que de ses yeux l’archer tout bellement

    Ma liberté lui a toute asservie :

    Et dès ce jour continuellement

    En sa beauté gît ma mort, et ma vie.

     

    Plus tôt seront Rhône et Saône disjoints

    Que d’avec toi mon cœur se désassemble ;

    Plutôt seront l’un, et l’autre, Mont joints,

    Qu’avecques nous aucun discord s’assemble ;

    Plus tôt verront et toi, et moi ensemble

    Le Rhône aller contremont lentement,

    Saône monter très violentement,

    Que ce mien feu tant soit peu diminue,

    Ni que ma foi décroisse aucunement,

    Car ferme amour sans eux est pus que nue.

     

    Et toi je vis, ou que tu sois absente :

    En moi je meurs, ou que je sois présent.

    Tant loin sois – tu, toujours tu es présente :

    Pour près que sois, encore suis- absent.

    Et si nature outragée se sent

    De me voir vivre en toi plus qu’en moi :

    Le haut pouvoir, qui ouvrant sans émoi,

    Infuse l’âme en ce mien corps passible,

    La prévoyance sans son essence en soi,

    En toi l’étend, comme en son plus possible.

     

    Entre tes bras, ô heureux, près du cœur

    Elle te serre en grand’ délicatesse :

    Et me repousse avec toute vigueur

    Tirant de toi sa joie, et sa liesse.

    De moi plaincts, pleurs et mortelle tristesse

    Loin du plaisir, qu’en toi elle comprend,

    Mais en ses bras, alors qu’elle te prend,

    Tu ne sens point sa flamme dommageable,

    Qui jour et nuit, sans la toucher, me rend :

    Heureusement pour elle misérable.

     

    Seul avec moi, elle avec sa partie :

    Moi en ma peine, elle en sa molle couche.

    Couvert d’ennui je me vautre en l’ortie,

    .et elle nue entre ses brasse se couche.

    Ha (lui indigne) il la tient, il la touche :

    Elle souffre ; et comme moins robuste,

    Viole amour par ce lien injuste,

    Que droit humain, et non divin, a fait.

    O sainte loi, à tous, fors à moi, juste,

    Tu me punis pour elle avoir méfait.

     

    De toi la douce, et fraîche souvenance

    Du premier jour, qu’elle m’entra au cœur

    Avec ta haute et humble contenance,

    Et ton regard d’Amour même vainqueur,

    Y dépeignit par si viveliqueur

    Ton effigie au vif tant ressemblante,

    Que depuis l’âme étonnée, et tremblante

    De jour l’admire, et la prie sans cesse :

    Et sur la nuit tacite, et sommeillante,

    Quand tout repose, encor moins elle cesse.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     


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    *POÈME D’hier

    Clément MARROT

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

    De ROBIN

    Et de CATIN

     

     

     

     

     

     

    Un jour d’yver, Robin tout esperdu

    Vint a catin présenter sa requeste,

    Pour desgeler son chose morfondu

    Qui ne pouvoit quasi lever la teste ;

    Incontinent, Catin fut preste.

    Robin aussi prend courage et s’accroche.

    On se remue, on se joue, on se hoche,

    Puis quand ce vint au naturel debvoir ;

    «  Ha ! dit Catin, le grand desgel approche.

    - Voyre, dit-il, car il s’en va pleuvoir. »

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    Georges FOUREST

    1865 – 1945

     

     

      

     

     

     

     

     

    LE  CID

     

    Va, je ne te hais point.

    P. CORNEILLE.

     

     

     

    Le palais de Gormaz, comte et gobernador

    Est en deuil : pour jamais dort couchés sous la pierre

    L’hidalgo dont le sang a rougi la rapière

    De Rodrigue appelé le Cid Campeador.

     

     

    Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre

    Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador

    Et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière

    Regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or…

     

     

    Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :

    Sur la plazza Rodrigue est debout devant elle !

    Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

     

     

    Le héros meurtrier à pas lent se promène :

    « Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,

    «  Qu’il est joli garçon l’assassin de papa ! »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     


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    *POEME D’HIER

     

     

      

    MAETERLINCK Maurice

    1862 - 1942

     

     
    ET S’IL REVENAIT
    UN JOUR…

    Et s’il revenait un  jour
    Que faut il lui dire ?
    -Dites lui qu’on l’attendit
    Jusq’à s’en mourir…

    Et s’il m’interroge encore
    Sans me reconnaître ?
    -Parler lui comme une sœur,
    Il souffre peut être…

    Et s’il demande ou vous etes
    Que faut il répondre ?
    -Donnez lui mon anneau d’or
    Sans rien lui répondre…

    Et s’il veut savoir pourquoi
    La salle est déserte ?
    -Montrez lui la lampe éteinte
    Et la porte ouverte…

    Et s’il m’interroge alors
    Sur la dernière heure ?
    -Dites lui que j’ai souri
    De peur qu’il ne pleure…

    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J-G-R-C

     

      

     

     




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    *POEME D’hier

     

    BERNIS

    1715 – 1794

     

     

      

     

      

     

     

     

    LES PETITS TROUS

     

     

    Ainsi qu’ébé, la jeune Pompadour

    A deux  jolis trous sur sa joue ;

    Deux trous charmants ou le plaisir se joue,

    Qui furent faits  par la main de l’amour.

    L’enfant ailé, sous un rideau de gaze,

    La vit dormir et la prit pour Psyché.

    Qu’elle était belle ! A l’instant il s’embrasse.

    Sur ses appas il demeure attaché.

    Plus il la voit, plus son délire augmente ;

    Et, pénétré d’une si douce erreur,

    Il veut mourir sur sa bouche charmante ;

    Heureux encor de mourir son vainqueur !

    Enchanté des roses nouvelles,

    D’un teint, dont l’éclat éblouit,

    Il les touche du doigt, elles sont plus belles ;

    Chaque fleur sous sa main s’ouvre et s’épanouit.

    Pompadour se réveille, et l’amour en soupire ;

    Il perd tout son bonheur en perdant son délire :

    L’empreinte de son doigt forma ce joli trou,

    Séjour aimable du sourire,

    Dont la plus sage serait fou.

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

    J G R C 

     

      

     

     


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