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    *POEME D’hier

    GRESSET

    1709 – 1777 

     




    QUATORZE ANS


    A quatorze ans, qu’on est novice !
    Je me sens bien quelques désirs ;
    Mais le moyen qu’on m’éclaircisse :
    Une fleur fait tous mes plaisirs ;
    La jouissance d’une rose
    Pour rendre heureux tous mes moments ;
    Et comment aimer autre chose
    A quatorze ans, a quatorze ans ?



    Je mets plus d’art à ma coiffure,
    Je ne sais quoi vient m’inspirer ;
    N’est ce donc que pour la figure
    Qu’on aime tant à se parer ?
    Toutes les nuits, quand je repose,
    Je rêve, mais a des rubans ;
    Et comment rêver d’autre chose
    A quatorze ans, a quatorze ans ?



    Une rose venait d’éclore ;
    Je l’observais ; sans y songer ;
    C’était au lever de l’aurore ;
    Le zéphyr vint le caresser.
    C’est donc quand la fleur est éclose
    Qu’on voit voltiger les amants ;
    Mais, hélas ! est on quelque chose
    A quatorze ans, a quatorze ans ?



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J-G-R-C


    16h00 



     


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    *POEME D’hier

     

    MOLINET Jean

     

    + 1507

     

     

     

     

    CESTE FILLETTE

     

     

    Ceste fillette à qui le tétin poinct,

    Qui est tant gente et a les yeulx si vers,

    Ne luy soyez ne rude ne pervers,

    Mais la traictez doulcement et à poinct.

    Despouillez vous et chemise et pour poinct

    Et la gectez sur ung lict à l’envers,

    Ceste fillette.

    Après cela, si vous estes en poinct,

    Accollez la de long et de travers,

    Et si elle a les deux genoulx ouvers

    Donnez dedans et ne l’espargnez poinct,

    Ceste fillette.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

    16h00 

     


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    *POEME D’hier

    BAUDELAIRE Charles

    1821 – 1867

     

     

     

     DON JUAN
    AUX ENFERS


    Quand Don Juan descendit vers l’onde souterraine
    Et lorsqu’il eut donné son obole a Charon.
    Un sombre mendiant, l’œil fier comme Antisthène,
    D’un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.


    Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
    Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
    Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
    Derrière lui traînaient un long mugissement.


    Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
    Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
    Montrait à tous les morts errant sur les rivages
    Le fils audacieux qui railla son front blanc.


    Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
    Près de l’époux perfide et qui fut son amant,
    Semblait lui réclamer un suprême sourire
    Où brillait la douceur de son premier serment.


    Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
    Se tenait à la barre et coupait le flot noir;
    Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
    Regardait le sillage et ne daignait rien voir.


    diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J-G-R-C


    16h00 

     


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    * POÈME  D’hier

     

    JAMMES Francis

    1868 - 1938

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    TU SERAS NUE…

     

     

     

     

     

    Tu seras nue dans le salon aux vieilles choses,

    Fine comme un fuseau de roseau de lumière,

    Et les jambes croisées, auprès du feu rose,

    Tu écouteras l’hiver.

     

     

    A tes pieds, je prendrais dans mes bras tes genoux.

    Tu souriras, plus gracieuse qu’une branche d’osier,

    Et, posant mes cheveux à ta hanche douce,

    Je pleurerais que tu sois si douce.

     

     

    Nos regards orgueilleux se feront bons pour nous,

    Et, quand je baiserais ta gorge, tu baisseras

    Les yeux en souriant vers moi et laisseras

    Fléchir ta nuque douce.

     

     

    Puis, quand viendra la vieille servante malade

    et fidèle

    Frapper à la porte en nous disant : le dîner est servi,

    Tu auras un sursaut rougissant, et ta main frêle

    Préparera ta robe grise.

     

     

    Et tans dis que le vent passera sous la porte,

    Que ta pendule usée sonnera mal,

    Tu mettras tes jambes au parfum d’ivoire

    Dans leurs petits étuis noirs.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

    10h00

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    Henri de REGNIER

     

    1864 – 1936

     

     

     

     

    ELVIRE AUX

     

     YEUX BAISSES

     

     

     

    Quand le désir d’amour écarte ses genoux

    Et que son bras plié jusqu’à sa bouche attire,

    Tout à l’heure si clairs, si baissés et si doux,

    On ne reconnaît plus les chastes yeux d’Elvire.

     

    Eux qui s’attendrissaient aux roses du jardin

    Et cherchaient une étoile à travers le feuillage,

    Leur étrange regard est devenu soudain

    Plus sombre que la nuit et plus noir que l’orage.

     

    Toute Elvire à l’amour prend une autre beauté,

    D’un souffle plus ardent s’enfle sa gorge dure,

    Et son visage implore avec félicité

    La caresse trop longue et le plaisir qui dure…

     

    C’est en vain qu’à sa jambe elle a fait, sur sa peau,

    Monter le bas soyeux et que la cuisse ajuste,

    Et qu’elle a, ce matin avec un soin nouveau,

    Paré son jeune corps délicat et robuste.

     

    La robe, le jupon, le linge, le lacet,

    Ni la boucle ne l’ont cependant garantie

    Contre ce feu subtil, langoureux et secret

    Qui la dresse lascive et l’étend alanguie.

     

    Elvire ! Il a fallu, pleine de déraison,

    Qu’au grand jour, a travers la ville qui vous guette,

    Peureuse, vous vinssiez  obéir aux frissons

    Qui brûlait sourdement votre chair inquiète ;

     

    Il a fallu laisser tomber de votre corps

    Le corset au long busc et la souple chemise

    Et montrer à des yeux, impurs en leurs transports,

    Vos yeux d’esclave heureuse, accablée et soumise.

     

    Car, sous le rude joug de l’amour souverain,

    Vous n’êtes plus l’Elvire enfantine et pudique

    Qui souriait naïve aux roses du jardin

    Et qui cherchait l’étoile au ciel mélancolique.

     

    Maintenant le désir écarte vos genoux,

    Mais quand, grave, contente, apaisée et vêtue,

    Vous ne serez plus la, vous rappellerez vous

    Mystérieusement l’heure ou vous étiez nue ?

     

    Non ! Dans votre jardin, doux a vos pas lassés,

    Ou, parmi le feuillage, une étoile palpite,

    De nouveau, vous serez Elvire aux yeux baissés

    Que dispense l’oubli du soin d’être hypocrite.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

    16h00

     

     

     


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    *POEME D’hier

    REGNIER Henri de

    1864 – 1936

     

     

     
    SI JE VOUS DIS,
     CE SOIR.


     

     

    Si je vous dis, ce soir, en respirant ces roses
    Qui  ressemblent au sang que l’on répand pour lui:
    L’amour est la  dans l’ombre et son pied nu se pose
    Sur le rivage obscur du fleuve de la nuit.


    Si je vous dis : l’amour est ivre et taciturne
    Et son geste ambigu nous trompe, car souvent
    Il écrase une grappe au bord rougi de l’urne
    Dont il verse la cendre aux corbeilles du vent.


    Successif ouvrier de bonheur et de peine,
    Il ourdit tour à tour sur le meme fuseau
    Les deux fils alternés de l’une et l’autre laine
    Qu’il emmèle,débrouille et confond de nouveau.


    Prenez garde, l’amour est vain et n’est qu’une ombre,
    Qu’il soit nu de lumière ou soit drapé de nuit,
    Et redoutez sa vue étincelante ou sombre
    Lorsque sur le chemin vous passez près de lui.


    Fermez vos yeux prudents si vous croyez l’entendre
    Marchez sur l’herbe douce ou sur le sable amer,
    Pour écouter en vous gronder et se répandre
    Le bruit de la foret et le bruit de la mer.



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975


    Collection personnelle
    J-G-R-C


    16h00

     

     

     

     


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    *POEME D’hier

     

    DORAT

    1734 - 1780

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    J’AI DES MOEURS

     

     

     

     

     

    Oui, quoiqu’au siècle dix huitième,

    J’ai des mœurs, j’ose m’en vanter.

    Je sais chérir et respecter

    La femme de l’ami qui m’aime.

     

     

    Si sa fille a de la beauté,

    C’est une rose que j’envie ;

    Mais la rose est en sûreté

    Quand l’amitié me la confie.

     

     

    Apres quelques faibles soupirs,

    Je me fais une jouissance

    De sacrifier mes désirs ;

    Et ne veux pas que mes plaisirs

    Coûtent les pleurs de l’innocence.

     

     

    Mais il est des femmes de bien,

    Femmes, qui plus est, d’importance

    (Et, dieu merci, sans conséquence),

    Qui, pour peu qu’on ait un maintien,

    Vous traitent avec indulgence,

    Et vous dégagent du lien

    D’une gothique bienséance.

     

     

    De ces dames là, j’en conviens,

    J’use ou j’abuse en conscience

    Sans jamais me reprocher rien ;

    Le mari même m’en dispense.

     

     

    Je sais trop ce que l’on leur doit

    Pour me permettre un sot scrupule ;

    C’est une bague qui circule

    Et que chacun met à son doigt.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

    10h00

     

     

     

     


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