Par 56 J-G-R-C 77

*POEME D’hier
DORAT
1734 – 1780
LES BAISERS :
LA FAUSSE PUDEUR
Pourquoi donc, matrones austères,
Vous alarmer de mes accents ?
Vous jeunes filles trop sévères,
Pourquoi redoutez vous mes chants ?
Ai-je peint les enlèvements,
Des passions les noirs orages
Qui naissent aux cœurs des amants ?
Je célèbre des jeux paisibles,
Qu’en vain on semble mépriser,
Les vrais biens des âmes sensibles,
Le doux mystère du baiser.
Ma plume rapide et naïve
Ecrit ce qu’on sent en aimant :
L’image n’est jamais lascive,
Quand elle exprime un sentiment.
Mais, quelle rougeur imprévue!
Quoi ! Vous blâmez ces doux loisirs,
Et n’osez reposer la vue
Sur le tableau de nos plaisirs !...
Profanes, que l’amour offense,
Qu’effarouche la volupté,
La pudeur et sa fausseté,
Et le baiser son innocence.
Ah ! Fuyez, fuyez loin de nous ;
N’approchez point de ma maîtresse :
Dans ses bras, quand Thaïs me presse,
Et, par les transports les plus doux,
Me communique son ivresse,
Thaïs est plus chaste que vous.
Ce zèle, ou votre cœur se livre,
Ce que vous fuyez dans un livre,
Vous le cherchez dans un amant.
Diffusion François Beauval
1ér trimestre 1975
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog