Par 56 J-G-R-C 77

*POÈME D’hier
Paul VALERY
1871– 1945
ANNE
A André LEBEY
Anne qui se mélange au drap pale et délaisse
Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts
Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
Sur la peau sans couleur du ventre découvert.
Elle vide, elle enfle d’ombre gorge lente,
Et comme un souvenir pressant ses propres chairs,
Une bouche brisée et pleine d’eau brûlante
Roule le goût immense et le reflet mers.
Enfin désemparée et libre d’être fraîche,
La dormeuse déserte aux touffes de couleur
Flotte sur son lit blême, et d’une lèvre sèche,
Tette dans les ténèbres un souffle amer de fleur.
Et sur le linge ou l’aube insensible se plisse,
Tombe, d’un bras de glace effleuré de carmin,
Toute une main défaite et perdant le délice
A travers ses doigts nus dénoués l’humain.
Au hasard ! A jamais, dans le sommeil sans
hommes
Pur des tristes éclairs de leurs embrasements
Elle laisse rouler les grappes et les pommes
Puissantes, qui pendaient aux treilles
d’ossements,
Qui riaient, dans leurs ambre appelant les vendanges,
Et dont le nombre d’or de riches mouvements
Invoquait la vigueuret les gestes étranges
Que pour tuer l’amour invente les amants...
Diffusion François Beauval
1ér trimestre 1975
J-G-R-C-
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