POÈME D’hier
DE BONNARD
1744 – 1784
ERMIONE
Le ciel suave était jonché de pales roses…
Tes yeux tendres au fond de ton large chapeau
Rêvaient : tu flottais toute aux plis d’un grand manteau
Et ton cœur, qu’inclinaient d’inexprimables
choses,
Le ciel suave était jonché de pales roses…
Ne penchait sur mon cœur comme un iris
sur l’eau.
Le ciel suave était jonché de violettes…
Avec je ne sais quoi dans l’âme de transi,
Tu souriais,palotte, un sourire aminci ;
Et ton visage frêle avait sous la violette,
Le ciel suave était jonché de violettes…
Les tons pastellisés d’une Lawrence adouci.
Ce n’était rien ; c’était, dans le soir d’améthyste,
Des mots, des frolis d’âme en longs regards croisés,
De la douceur fondue en gouttes de baisers,
Une étreinte de sœurs, une joie un peu triste,
Ce n’était rien ; c’était, dans le soir d’améthyste,
Un musical amour sur les sens apaisés.
Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,
Que le désir suivait comme un fauve dompté.
Je respirais parmi le soir, o pureté,
Mon rêve enveloppé dans tes voiles de femme.
Tu marchais chaste dans la robe de ton âme,
Et je sentais mon cœur se dissoudre en bonté.
Et quand je te quittais, j’emportai de cette heure,
Du ciel et de tes yeux, de ta voix et du temps,
Un mystère à traduire en mots inconsistants,
Le charme d’un sourire indéfini qui pleure,
Et, dans l’âme un écho d’automne qui demeure,
Comme un sanglot de cor perdu sur les étangs.
Diffusion François Beauval
1ér trimestre 1975
J-G-R-C-