Par 56 J-G-R-C 77
POEME D’hier
VOLTAIRE
1694 – 1778
A MADAME DU CHATELET
Si vous voulez que je vous aime,
Rendez moi l’age des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.
Des beaux lieux ou le dieu du vin
Avec l’amour tient son empire,
Le temps, qui me prends par la main,
M’avertit que je me retire.
De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son age,
De son age a tout le malheur.
Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emplacements :
Nous ne vivons que deux moments ;
Qu’il en soit un pour la sagesse.
Quoi ! pour toujours vous me fuyez.
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !
On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien.
Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.
Du ciel alors daignant descendre,
L’amitié vint à mon secours ;
Elle était peut être aussi tendre,
Mais moins vive que les amours.
Touché de sa beauté nouvelle,
Et sa lumière éclairée,
Je la suivis ; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.
Diffusion François Beauval
1ér trimestre 1975
J G R C
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