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    POEME D'HIER  12/01/2015

     

    POEME D'HIER  12/01/2015

     

     

     

     

    Victor HUGO  

     

     (1802-1885)



     

    Liberté !

     

     

     

    De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

    De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
    Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
    De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
    Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
    L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
    Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
    Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
    Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

    Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?
    Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
    Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
    Et si la servitude inutile des bêtes
    Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ?
    Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?
    Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
    Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
    Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre ?
    Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
    Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
    Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
    Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
    Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
    Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux ?

    Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !
    Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde.
    Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchants ?
    À tous ces enfermés donnez la clef des champs !
    Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;
    Les âmes expieront tout ce qu'on fait aux ailes.
    La balance invisible a deux plateaux obscurs.
    Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
    Du treillage aux fils d'or naissent les noires grilles ;
    La volière sinistre est mère des bastilles.
    Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux !
    Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
    Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
    Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.
    Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant
    Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?
    Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre. 
    Toute l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre
    Se penche, et te dévoue à l'expiation.
    Je t'admire, oppresseur, criant: oppression !
    Le sort te tient pendant que ta démence brave
    Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave
    Et la cage qui pend au seuil de ta maison
    Vit, chante, et fait sortir de terre la prison.

     

     

    ORIGINE

     

    http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/liberte.html

     

     

    POEME D'HIER  12/01/2015

     sans oublier LES anonymes

    POEME D'HIER  12/01/2015

     

     

     

    POEME D'HIER  12/01/2015

     

     


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    *POEME D’hier

    Hégésippe MOREAU

    1810 – 1838

    L’AMANT TIMIDE


    A seize ans, pauvre timide
    Devant le plus frais appas,
    Le cœur battant, l’œil humide,
    Je voulais et n’osais pas,
    et  je priais, et sans cesse
    Je répétais dans mes vœux :
    « Jésus ! Rien qu’une maîtresse,
    Rien qu’une maîtresse…ou deux ! »

    Lors une beauté, qui daigne
    M’agacer d’un air moqueur,
    Me dit : « enfant ton cœur saigne,
    Et j’ai pitié de ton cœur,
    Pour te guérir quel dictame
    Faut-il donc ; pauvre amoureux ?
    - Oh ! Rien qu’un baiser madame !
    Oh ! Rien qu’un baiser…ou deux ! »

    Puis le beau docteur, qui raille,
    Me tâte le pouls, et moi,
    En façon de représaille,
    Je tâte je ne sais quoi !
    «  Où vont ces lèvres de flamme ?
    Où vont ces doigts curieux ?
    Puisque j’en tiens un madame,
    Laisser moi prendre les deux. »

    La coquette sans alarmes
    Rit si bien de mon amour,
    Que  j’eus a baiser des larmes
    Quand  je riais a mon tour.
    Elle sanglote et se pâme :
    «  Qu’avons-nous fait la, grand dieux ?
    oh ! rien qu’un enfant, madame.
    Oh ! rien qu’un enfant… ou deux ! »

    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975





     

     

     

     


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    *POÈME D'HIER

     

    MERRILL Stuart

    1863 - 1915

     
    CHAMBRE D’AMOUR
     

    Dans la chambre qui fleure un peu la bergamote
    Ce soir, lasse, la voix de l’ancien clavecin
    Chevrote des refrains enfantins de gavotte.

    Éteintes par sa main pour quelques doux dessein
    D' amour, voici qu’enfin les lampes vespérales
    Fument au bruit de l’eau tintant dans le bassin,

    Au bruit de l’eau qui brille en des lueurs lustrales
    A travers les rideaux roidis de pourpre et d’or
    Dont le frêle état croule aux fenêtres claustrales.

    C’est déroutant au mur un vaporeux décor,
    La pastorade peinte aux pimpantes images
    Ou des jeux et des ris s’éparpille l’essor.

    Sur les divans fanés en leurs riants ramages
    Les coussins semblent lourds de l’oubli des absents,
    Et du bleu baldaquin s’éplorent des plumages.

    Seul, un éventail chu des doigts jadis lassants
    Présage le retour inespéré de celle
    Dont l’automne a pali les charmes languissants.

    Soudain c’est le rayon doux  rubicelle,
    Un chuchotis de voix disant de doux remords,
    Et le baiser de ceux que la vie ensorcelle

    Dans la chambre ou, le soir, s’aimèrent tant de morts !

    diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J-G-R-C

     

     

     


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    POEME D'HIER    19/06/2014

     

     

     

     

     

     


    *POÈME  D'HIER

     

    Christine de PISAN

    1364 – 1430


     

     

     

     

     

     

     

    C’EST DOUCE CHOSE

    QUE MARIAGE


    C’est douce chose que mariage
    - je le pourrais par moi prouver
    -
    pour qui a mari,bon et sage
    comme dieu me l’a fait trouver.
    Loué soit celui qui sauver
    Me le veuille car son soutien,
    Chaque jour je l’ai éprouvé,
    Et certes, le doux m’aime bien.


    La première nuit de mariage,
    Dès ce moment, j’ai pu juger
    Sa bonté, car aucun outrage
    Ne tenta qui me dut blesser.
    Et avant le temps du lever
    Cent fois me baisa, m’en souviens,
    Sans vilenie dérober ;
    Et certes,le doux m’aime bien.


    Il parlait cet exquis langage ;
    « dieu m’a fait vers vous arriver,
    tendre amie, et pour votre usage,
    je crois, il voulut m’élever. »
    ainsi ne cessa de rever
    toute la nuit en tel maintien,
    sans nullement en dévier,
    et certes, le doux m’aime bien.


    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975


    J G R C





     

     

     

     


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    *POÈME D’hier

     

    HENRI DE REGNIER

    1864 – 1936

     

     

     

     

    LA CAPTIVE

     

     

    Je vous ai si souvent regardée au visage

    Que j’en ai désiré votre corps tout entier.

    Et maintenant mes yeux conservent une image

    Que mon cœur désormais ne peut plus oublier.

     

    Que m’importe à présent si vos mains trop rapides

    Couvrent votre beauté de longs voiles jaloux !

    C’est en vain qu’à vos pieds tombent leurs plis rigides

    Puisqu’ils ne sont plus là lorsque je pense à vous.

     

    Le jour peut s’achever, et la nuit ténébreuse

    Peut nous confondre toute à son obscurité,

    N’êtes vous pas debout dans son ombre amoureuse

    En un rêve pareil a votre nudité !

     

    Et si vous détournez du mien votre visage,

    Si, loin de moi, s’en va votre pas orgueilleux,

    Est il rien qui pourra dénouer l’esclavage

    Que vous fait ma captive et vous lie à mes yeux.

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     


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    POEME D'HIER    29/05/2014

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    *poeme D’hier

     

    FRANCOIS VILLON

     

    1431 - vers – 1480

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    BALLADE à S’AMIE

     

     

    Fausse beauté qui tant me coûte cher,

    Rude en effet, hypocrite douceur,

    Amour dure plus que fer à macher

    Nommer que puis de ma défaçon seur (1).

    Cherme félon, la mort d’un pauvre cœur,

    Orgueil mussé (2) qui gens met au mourir,

    Yeux sans pitié, ne veut droit de rigueur

    Sans empirer (3), un pauvre secours ?

     

     

    Mieux m’eut valu avoir été sercher

    Ailleurs secours, c’eut été mon honneur ;

    Rien ne m »eut su lors de ce fait hacher (4)

    Trotter m’en faut en fuite et déshonneur.

    Haro, haro (5), le grand et le mineur !

    Et qu’est ceci ? Mourrai sans coup férir ?

    Où pitié veut, selon cette teneur,

    Sans empirer, un pauvre secourir ?

     

     

    Un temps viendra qui ferra dessécher

    Jaunir, flétrir votre épanie fleur ;

    Je m’en risse, si lors pusse mâcher,

    Las ! Mais nenni, ce serait donc foleur (6)

    Vieil je serai, vous laide, sans couleur ;

    Or buvez fort, tant que tu peux courir ;

    Ne donnez pas à tous cette douleur,

    Sans empirer, un pauvre secourir.

     

     

    Prince amoureux, des amants le graigneur (7).

    Votre mal gré ne voudrait encourir.

    Mais tout franc cœur doit, pas notre seigneur,

    Sans empirer, un pauvre secourir.

     

     

    (1) Sur de ma destruction.

    (2) Caché.

    (3) Sans aggraver son mal.

    (4) Souffrir.

    (5) A l’aide !

    (6) Folie.

    (7) Le plus grand.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     


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    RECETTE DE CUISINE

    POEME D'HIER    08/05/2014

     

     

     

     

     

     

     

    *POÈME D’hier

     

    FRANCOIS VILLON

    1431 - vers – 1480

     

     

     

     

    BALLADE DES FEMMES

     DE PARIS

     

     

    Quoi qu’on tient belles langagières

    Florentines, Vénitiennes,

    Assez pour être messagières,

    Et mêmement les anciennes :

    Mais, soient Lombardes, Romaines,

    Genevoises à mes périls,

    Piémontaises, Savoisiennes,

    Il n’est bon bec que de Paris.

    De très beau parler tiennent chaires,

    Ce dit on les Napolitaines,

    Et sont très bonnes caquetières

    Allemandes et Prussiennes ;

    Soient Grecques, Egyptiennes,

    De Hongrie ou d’autres pays,

    Espagnolles ou Cathelennes*.

    Il n’est bon bec que de Paris.

    Brettes **, Suisses, n’y savent guères,

    Gasconnes, n’aussi Toulousaines :

    De petit pont deux harengères

    Les concluront, et les Lorraines,

    Anglaises et Calaisiennes,

    Ay je beaucoup de lieux compris ?

    Picardes de Valenciennes ;

    Il n’est bon bec que de Paris.

     

    Envoi

     

    Prince, aux dames Parisiennes

    De beau parler donnez le prix ;

    Quoi qu’on dise d’Italiennes,

    Il n’est bon bec que de Paris.

     

     

                               * Catalanes

                               * * Bretonnes

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

      


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