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    *POEME D’HIER 

    Geneviève de SAINTOGE

    1650 – 1718

     

     

     

     

     

     

    CONTE

     

     

     

     

     

    Un jeune cavalier, plus vif qu’on ne peut croire,

    Fait pour les jeux, et les ris,

    Fourni de bonnes dents - cela sert à l’histoire –

    Etait un jour près de Chloris.

    Il lui dit d’un air agréable

    Qu’elle est une dame à manger,

    Qu’en la mordant du moins il veut se soulager.

    Votre mâchoire est redoutable,

    Dit elle, pour d’autres que moi,

    Je suis trop ferme et trop dodue

    Pour être pincée ou mordue :

    Malgré vous et vos dents je ne sens nul effroi.

    A ce défi de la belle,

    Il se jette à ses pieds et, se penchant sur elle,

    Il mord à travers sa jupe de velours.

    Contre de telles dents il n’est aucun secours :

    Elle en ressent une atteinte cruelle,

    Elle crie, elle est en courroux.

    A notre cavalier ses cris paraissent doux :

    Je, dit il, naître son espérance,

    Je vois que l’on n’a pas toujours la fermeté

    Dont on s’était vanté ;

    Je pourrai mordre un jour sur votre indéfférence.

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     J G   R C   

     

     

     

     

     

     

     

     


    4 commentaires



  • *POEME D’hier

    Christine de PISAN

    1364 – 1430


     

     


    BALLADE


    Seulette suis et seulette veux etre,
    Seulette m’a mon doux ami laissée,
    Seulette suis sans compagnon ni maitre,
    Seulette suis dolente et courroucée (1),
    Seulette suis en langueur mésaisée(2),
    Seulette suis plus que nulle égarée,
    Seulette suis sans ami demeurée.


    Seulette suis a huis ou à fenetre,
    Seulette suis en un anglet mucée (3),
    Seulette suis pour moi de pleurs repaitre,
    Seulette suis, dolente ou apaisée,
    Seulette suis, rien n’est qui tant me siée,
    Seulette suis en ma chambre enserrée,
    Seulette suis sans ami demeurée,


    Seulette suis partout et en tout estre.
    Seulette suis, que j’aille ou que je siée,
    Seulette suis plus qu’un autre rien terrestre,
    Seulette suis de chacun délaissée,
    Seulette suis durement abaissée,
    Seulette suis souvent tout épleurée,
    Seulette suis sans ami demeurée.


    Princes, or est ma douleur commencée:
    Seulette suis de tout deuil menacée,
    Seulette suis plus tainte que morée.
    Seulette suis sans ami demeurée.


    (1)  Chagrinée
    (2)  mal a l’aise
    (3) cachée
    (4)  plus sombre que brune 


    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

    J-G-R-C 


     


    16 commentaires

  • *POEME D’hier

     

    Christine de PISAN

    1364 – 1430


     

    C’EST DOUCE CHOSE QUE MARIAGE


    C’est douce chose que mariage
    - je le pourrais par moi prouver
    -
    pour qui a mari,bon et sage
    comme dieu me l’a fait trouver.
    Loué soit celui qui sauver
    Me le veuille car son soutien,
    Chaque jour je l’ai éprouvé,
    Et certes, le doux m’aime bien.


    La première nuit de mariage,
    Dès ce moment, j’ai pu juger
    Sa bonté, car aucun outrage
    Ne tenta qui me dut blesser.
    Et avant le temps du lever
    Cent fois me baisa, m’en souviens,
    Sans vilenie dérober ;
    Et certes,le doux m’aime bien.


    Il parlait cet exquis langage ;
    « dieu m’a fait vers vous arriver,
    tendre amie, et pour votre usage,
    je crois, il voulut m’élever. »
    ainsi ne cessa de rever
    toute la nuit en tel maintien,
    sans nullement en dévier,
    et certes, le doux m’aime bien.


    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975






    12 commentaires
  •  

     

     

    *POEME D’hier

     

    Henri de REGNIER

    1864 – 1936

     

     

     

     

     

     

    JULIE

    AUX YEUX

    D’ENFANT

     

     

     

    Lorsque Julie est nue et s’apprête au plaisir,

    Ayant jeté la rose ou s’amusait sa bouche,

    On ne voit dans ses yeux ni honte ni désir ;

    L’attente ne la rend ni tendre ni farouche.

     

     

    Sur son lit ou le drap mêle sa fraîche odeur

    Au parfum doux et chaud de sa chair savoureuse,

    En silence, elle étend sa patiente ardeur

    Et son oisive main couvre sa toison creuse.

     

     

    Elle prépare ainsi, sans curiosité,

    Pour l’instant du baiser sa gorge et son visage,

    Car, fleur trop tôt cueillie et fruit trop tôt goûté,

    Julie aux yeux d’enfant est jeune et n’est plus sage !

     

     

    Sa chambre aux murs savants lui montre en ses miroirs

    Elle-même partout répétée autour d’elle

    Ainsi qu’en d’autres lits elle s’est, d’autres soirs,

    Offerte, indifférente, en sa grâce infidèle.

     

     

    Mais lorsque entre ses bras on la serre et l’étreint,

    La caresse importune en son esprit n’éveille

    Que l’écho monotone, ennuyeux et lointain

    De quelque autre caresse, à celle là pareille ;

     

     

    C’est pourquoi, sans tendresse, hélas ! Et sans désir,

    Sur ce lit insipide ou sa beauté la couche

    Elle songe à la mort et s’apprête au plaisir,

    Lasse d’être ce corps, ces membres, cette bouche…

     

     

    Et pourquoi, O Julie, ayant goûté ta chair,

    De ta jeunesse vaine et stérile on emporte

    Un morne souvenir de ton baiser amer,

    Julie aux yeux d’enfant, qui voudrais être morte !

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     


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  •  

     

     

     

     

     

    *POEME D’hier

      

    Clément MARROT

      

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

    QU’AI-JE  MEFAIT…

     

     

     

     

    Qu’ai-je méfait, dites ma chère amie ?

    Votre amour semble être tout endormie :

    Je n’ai de vous plus de lettres, ni langage :

    Je n’ai de vous un seul petit message,

    Plus ne nous vois  aux lieux accoutumés.

    Sont jà éteints vos désirs allumés,

    Qui avec moi d’un même feu ardaient ?

     

    Où sont ces yeux lesquels me regardaient

    Souvent en ris, avecques larmes ?

    Où sont les mots qui tant m’ont fait d’alarmes ?

     

    Où est la bouche aussi qui m’apaisait

    Quand tant de fois et si bien me baisait ?

    Où est le cœur qui irrévocablement

    M’avez donné ? Où est semblablement

    La blanche main, qui fort bien m’arrêtait

    Quand de partir de vous besoin m’était.

     

    Hélas, amants, hélas, se peut il faire,

    Qu’amour si grand se puisse ainsi défaire ?

    Je penserais plutôt que les ruisseaux

    Feraient aller encontre mont leurs eaux,

    Considérant que de fait, ni pensée

    Ne l’ai encor, que je sache, offensée.

     

    Donques, amour, qui couve sous tes ailes

    Journellement les cœurs des damoiselles,

    Ne laisse pas trop refroidir celui

    De celle là, pour qui j’ai tant d’ennui :

    Où trompe moi en me faisant entendre

    Qu’elle a le cœur bien ferme, et fut il tendre.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  •  

     

     

    *POEME D’hier

     

    KAHN  Gustave

    1859 – 1936

     

     

     

     

     

     

     

     

    LIED

     

     

     

    Le bonheur vient comme son rodeur,

    On est morne, on laisse passer.

    On parle de l’ancien malheur,

    Et c’est fini de l’aube claire.

     

     

    Le malheur glisse de son repaire,

    On est enlacé près du foyer doux,

    On n’entend pas ses flous

    Et c’est fini de l’été clair

     

     

    Et puis plus rien ne vient jamais,

    On attend devant sa porte :

    Des indifférents entrent, sortent,

    Et c’est fini de la vie claire.

     

     

    Oh ! Belle ! Gardons nos mains unies,

    Tant d’êtres pleurent sur les genoux,

    Gardons une seule âme en nous,

    Notre joie claire.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

     

    Collection poèmes amoureux
    J-G-R-C

     

     


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  •   

     

     

     

     

    *POEME D’hier

      

      

    BAUDELAIRE Charles

    1821 – 1867

     

     

     

     

     

     

     

    LA MORT

    DES AMANTS

     

     

     

     

     

     

    Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,

    Des divans profonds comme des tombeaux,

    Et d’étranges fleurs sur des étagères,

    Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

     

     

    Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,

    Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,

    Qui réfléchiront leurs doubles lumières

    Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

     

     

    Un soir fait de rose et de bleu mystique,

    Nous échangerons un éclair unique,

    Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

     

     

    Et plus tard un ange, entr’ouvant les portes,

    Viendra ranimer, fidèle et joyeux,

    Les miroirs ternis et les flammes mortes.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     


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